Entrent LA REINE et DEUX DE SES DAMES.
LA REINE.--Quel jeu pourrions-nous imaginer dans ce jardin, pour écarter les accablantes pensées de mes soucis?
UNE DES DAMES.--Madame, nous pourrions jouer aux boules.
LA REINE.--Cela ferait songer que le monde est plein d'inégalités, et que ma fortune est détournée de sa route.
LA DAME.--Madame, nous danserons.
LA REINE.--Mes pieds ne peuvent danser en mesure avec plaisir lorsque mon pauvre coeur ne garde aucune mesure dans son chagrin: ainsi, mon enfant, point de danse; quelque autre jeu.
LA DAME.--Eh bien, madame, nous conterons des histoires.
LA REINE.--Tristes, ou joyeuses?
LA DAME.--L'une ou l'autre, madame.
LA REINE.--Ni l'une ni l'autre, ma fille: si elles me parlaient de joie, comme la joie me manque absolument, elles ne feraient que me rappeler davantage ma tristesse: si elles me parlaient de chagrin, comme le chagrin me possède complétement, elles ne feraient qu'ajouter plus de douleur encore à mon manque de joie. Je n'ai pas besoin de répéter ce que j'ai déjà; et ce qui me manque, il est inutile de s'en plaindre....