RICHARD.--Pleurant ainsi tous deux ensemble, nous ne ferions qu'une seule douleur. Pleure pour moi en France, je pleurerai ici pour toi: il vaut mieux être loin l'un de l'autre, que réunis pour n'être jamais plus heureux [29]. Va, compte tes pas par tes soupirs, et moi les miens par mes gémissements.
Note 29:[ (retour) ] Be never the near, n'avoir rien gagné, n'être jamais plus près de ce qu'on désire.
LA REINE.--Ainsi le chemin plus long fournira les plus longues plaintes.
RICHARD.--Je pousserai deux gémissements à chaque pas puisque mon chemin est court, et je l'allongerai par le poids que j'ai sur le coeur. Allons, allons, ne faisons pas plus longtemps la cour à la douleur, puisqu'une fois qu'on l'a épousée la douleur dure si longtemps. Qu'un baiser nous ferme la bouche, et séparons-nous en silence. (Ils s'embrassent.) Dans ce baiser je te donne mon coeur, et je prends le tien.
LA REINE.--Rends-moi le mien: c'est un triste rôle que de prendre ton coeur pour le tuer. (Ils s'embrassent encore une fois.) Maintenant que j'ai repris le mien, va-t'en; que je puisse m'efforcer de le tuer d'un seul gémissement.
RICHARD.--Nous jouons avec le malheur dans ces tendres délais. Encore une fois, adieu: que la douleur dise le reste.
(Ils sortent.)
SCÈNE II
La scène est toujours à Londres.--Un appartement dans le palais du duc d'York.
Entrent YORK et LA DUCHESSE D'YORK.