RICHARD.--Si fier de porter Bolingbroke! Et cette rosse mangeait du pain dans ma main royale, et il était fier quand il sentait ma main le caresser! Ne devait-il pas broncher? ne devait-il pas tomber (puisqu'il faut que l'orgueil tombe tôt ou tard) et rompre le cou à l'orgueilleux qui usurpait ma place sur son dos?--Pardonne-moi, mon cheval; pourquoi te ferais-je des reproches, puisque tu as été créé pour être soumis à l'homme, et que tu es né pour porter? Moi, qui n'ai pas été créé cheval, je porte mon fardeau comme un âne blessé de l'éperon et harassé par les caprices de Bolingbroke.
(Entre le geôlier avec un plat.)
LE GEOLIER, au valet.--Allons, videz les lieux; il n'y a pas à rester ici plus longtemps.
RICHARD.--Si tu m'aimes, il est temps que tu te retires.
LE VALET.--Ce que ma langue n'ose exprimer, mon coeur vous le dit.
(Il sort.)
LE GEOLIER.--Seigneur, vous plaît-il de commencer?
RICHARD.--Goûte le premier, suivant ta coutume.
LE GEOLIER.--Seigneur, je n'ose: sir Pierce d'Exton, qui vient d'arriver de la part du roi, me commande le contraire.
RICHARD.--Le diable emporte Henri de Lancastre et toi! La patience est usée, et j'en suis las.