LE ROI RICHARD.--Mon bon Norfolk, rends-toi sur-le-champ à ton poste. Fais la garde avec soin, choisis des sentinelles sûres.

NORFOLK.--J'y vais, seigneur.

LE ROI RICHARD.--Levez-vous demain avec l'alouette, cher Norfolk.

NORFOLK.--Vous pouvez y compter, mon prince.

(Il sort.)

LE ROI RICHARD.--Ratcliff?

RATCLIFF.--Seigneur?

LE ROI RICHARD.--Envoie un sergent d'armes au quartier de Stanley. Qu'il lui porte l'ordre d'amener sa troupe avant le lever du soleil, s'il ne veut pas que son fils George tombe dans la sombre caverne de la nuit éternelle.--Remplis-moi un verre de vin. Qu'on me donne une garde [32]. (A Catesby.) Tu selleras mon cheval blanc, Surrey, pour la bataille de demain. Aie soin que le bois de mes lances soit solide et point trop lourd.--Ratcliff?

Note 32:[ (retour) ]Give me a watch.

On est incertain sur le sens de ces paroles. A watch veut dire une montre, veut dire une sentinelle, peut vouloir dire une lumière pour passer la nuit, une de ces sortes de bougies sur lesquelles était indiqué, par des marques placées de distance en distance, le nombre d'heures qu'elles devaient durer. On ne connaissait pas les montres en Angleterre du temps de Richard; mais ce ne serait pas une raison pour Shakspeare; et d'ailleurs, selon toute apparence, le nom de watch (veille) avait été donné d'abord aux instruments tels que sabliers, clepsydres, destinés à mesurer le temps dans l'absence du soleil. On pourrait donc alors assez arbitrairement choisir entre cette interprétation du mot watch, et celle par laquelle il signifierait flambeau de veille. C'est à ce dernier sens que se sont arrêtés les commentateurs, observant, sans doute avec beaucoup de raison, qu'il va sans dire qu'on mettra une garde à la tente du roi, et qu'il n'a pas besoin de la demander. Cependant une autre observation qui leur a échappé, c'est le soin qu'a apporté le poëte à mettre en opposition les inquiétudes de Richard avec la tranquille confiance de Richmond. La peur d'être trahi le poursuit; il va épier ce qui se passe dans le camp, avertit le duc de Norfolk de choisir des sentinelles sûres, recommande, au moment où l'on se retire, que la garde veille avec soin, tandis que Richmond s'endort remettant à Dieu le soin de le garder. Cette opposition est trop marquée pour que Shakspeare n'ait pas eu intention de la faire ressortir, et rien n'est plus propre à indiquer l'agitation de l'esprit de Richard que ce soin inutile de demander une garde. Il n'est pas d'ailleurs bien rare de voir Shakspeare sacrifier la vraisemblance à l'effet: c'est donc ce sens du mot watch qu'on a cru devoir choisir.

RATCLIFF.--Seigneur?