CLARENCE.--O Brakenbury, toutes ces choses qui maintenant déposent contre mon âme, je les ai faites pour l'amour d'Édouard; et tu vois comme il m'en récompense! O Dieu, si mes prières élevées du fond du coeur ne te peuvent apaiser, et que tu veuilles être vengé de mes offenses, n'exécute que sur moi l'oeuvre de ta colère. Oh! épargne mon innocente femme et mes pauvres enfants!--Je te prie, cher gardien, demeure auprès de moi. Mon âme est appesantie, et je voudrais dormir.
BRAKENBURY.--Je resterai, milord; que Dieu accorde à Votre Grâce un sommeil paisible! (Clarence s'endort sur une chaise.) Le chagrin intervertit les temps et les heures du repos. Il fait de la nuit le matin, et du midi la nuit. La gloire des princes se réduit à leurs titres; des honneurs extérieurs pour des peines intérieures, et pour des rêveries imaginaires, ils sentent souvent un monde de soucis inquiets; en sorte qu'entre leurs titres et un nom obscur, il n'y a d'autre différence que la renommée extérieure.
(Entrent les deux assassins.)
PREMIER ASSASSIN.--Holà! y a-t-il quelqu'un ici?
BRAKENBURY.--Que veux-tu, mon ami? Et comment es-tu arrivé jusqu'ici?
SECOND ASSASSIN.--Je voulais parler à Clarence.--Et je suis arrivé sur mes jambes.
BRAKENBURY.--Quoi! le ton si bref?
PREMIER ASSASSIN.--Oh! ma foi, il vaut mieux être bref qu'ennuyeux. (A son camarade.) Montre-lui notre commission, et trêve de discours.
(On remet un papier à Brakenbury qui le lit.)
BRAKENBURY.--Cet ordre m'enjoint de remettre le noble duc de Clarence entre vos mains.--Je ne ferai point de réflexions sur les intentions qui l'ont dicté, je veux les ignorer pour en être innocent. Voilà les clefs,--et voici le duc endormi. Je vais trouver le roi, et lui rendre compte de la manière dont je vous ai remis mes fonctions.