GLOCESTER, à part.--Amen, et qu'il me fasse la grâce de mourir vieux et bon homme; c'est à cela que tend la bénédiction d'une mère: je suis étonné que Sa Grâce l'ait oublié.

BUCKINGHAM.--O vous, princes en deuil, pairs au coeur rempli de tristesse, qui tous partagez le poids de la douleur commune, cherchez maintenant votre consolation dans une amitié réciproque. Nous perdons, il est vrai, la récolte que nous offrait ce roi: mais il nous reste l'espérance de celle que nous promet son fils. Il faut maintenant conserver et maintenir soigneusement l'union et le lien si récemment formés entre vos coeurs naguère gonflés de ressentiments qui viennent d'être apaisés.--Je crois qu'il conviendrait d'envoyer chercher dès à présent le jeune prince qui est à Ludlow, et de l'amener à Londres avec peu de suite pour le faire couronner roi.

RIVERS.--Et pourquoi avec peu de suite, milord de Buckingham?

BUCKINGHAM.--De peur, milord, que dans une foule considérable les blessures de la haine, trop nouvellement fermées, ne trouvassent occasion de se rouvrir, ce qui serait d'autant plus dangereux que le royaume est dans un état d'enfance, et encore sans maître. Quand chacun des chevaux dispose du frein qui le contient, et peut diriger sa course comme il lui plaît, on doit, à mon avis, prévenir avec autant de soin la crainte du mal que le mal lui-même.

GLOCESTER.--Je me flatte que le roi nous a tous réconciliés; et quant à moi, la réconciliation est solide et sincère de ma part.

RIVERS.--J'en peux dire autant de moi, et, je crois, de nous tous. Mais puisque le lien de notre amitié est si frais encore, il ne faut pas l'exposer à la plus légère occasion de rupture; danger qui serait peut-être plus à craindre si le cortége était nombreux: ainsi, je pense, comme le noble Buckingham, qu'il est prudent de n'envoyer que peu de monde pour chercher le jeune prince.

HASTINGS.--C'est aussi mon avis.

GLOCESTER.--Eh bien, soit; allons délibérer sur le choix de ceux que nous enverrons à l'heure même à Ludlow.--(A la reine.) Madame, et vous, ma mère, voulez-vous venir donner vos avis sur cette affaire importante?

(Tous sortent, excepté Buckingham et Glocester.)

BUCKINGHAM.--Milord, quels que soient ceux qui seront envoyés vers le prince, au nom de Dieu, songez bien qu'il ne faut pas que nous restions ici ni l'un ni l'autre. Je veux, chemin faisant, pour prélude du projet dont nous avons parlé, trouver l'occasion d'écarter du jeune prince l'ambitieuse parente de la reine.