CAMILLO.—Allez donc, seigneur, et montrez au roi de Bohême et à votre reine le visage serein que l'amitié porte dans les fêtes. C'est moi qui suis l'échanson de Polixène: s'il reçoit de ma main un breuvage bienfaisant, ne me tenez plus pour votre serviteur.

LÉONTES.—C'est assez: fais cela, et la moitié de mon coeur est à toi; si tu ne le fais pas, tu perces le tien.

CAMILLO.—Je le ferai, seigneur.

LÉONTES.—J'aurai l'air amical, comme tu me le conseilles. (Il sort.)

CAMILLO, seul.—O malheureuse reine!—Mais moi, à quelle position suis-je réduit?—Il faut que je sois l'empoisonneur du vertueux Polixène; et mon motif pour cette action, c'est l'obéissance à un maître, à un homme qui, en guerre contre lui-même, voudrait que tous ceux qui lui appartiennent fussent de même.—En faisant cette action, j'avance ma fortune.—Quand je pourrais trouver l'exemple de mille sujets qui auraient frappé des rois consacrés et prospéré ensuite, je ne le ferais pas encore; mais puisque ni l'airain, ni le marbre, ni le parchemin ne m'en offrent un seul, que la scélératesse elle-même se refuse à un tel forfait..., il faut que j'abandonne la cour; que je le fasse ou que je ne le fasse pas, ma ruine est inévitable. Étoiles bienfaisantes, luisez à présent sur moi! Voici le roi de Bohême.

(Entre Polixène.)

POLIXÈNE.—Cela est étrange! Il me semble que ma faveur commence à baisser ici! Ne pas me parler!—Bonjour, Camillo.

CAMILLO.—Salut, noble roi.

POLIXÈNE.—Quelles nouvelles à la cour?

CAMILLO.—Rien d'extraordinaire, seigneur.