UN SEIGNEUR.—Vous ne pouvez pas entrer.

PAULINE.—Ah! secondez-moi tous plutôt, mes bons seigneurs: quoi! craignez-vous plus sa colère tyrannique que vous ne tremblez pour la vie de la reine? une âme pure et vertueuse, plus innocente qu'il n'est jaloux!

ANTIGONE.—C'en est assez.

L'OFFICIER.—Madame, le roi n'a pas dormi cette nuit; et il a donné ordre de ne laisser approcher personne.

PAULINE.—Point tant de chaleur, monsieur; je viens lui apporter le sommeil. C'est vous et vos pareils qui rampez près de lui comme des ombres, et gémissez à chaque inutile soupir qu'il pousse; c'est vous qui nourrissez la cause de son insomnie: moi, je viens avec des paroles aussi salutaires que franches et vertueuses pour le purger de cette humeur qui l'empêche de dormir.

LÉONTES.—Quel est donc ce bruit que j'entends?

PAULINE.—Ce n'est pas du bruit, seigneur, mais je sollicite une audience nécessaire pour les affaires de Votre Majesté.

LÉONTES.—Comment?—Qu'on fasse sortir cette dame audacieuse. Antigone, je vous ai chargé de l'empêcher de m'approcher; je savais qu'elle viendrait.

ANTIGONE.—Je lui avais défendu, seigneur, sous peine d'encourir votre disgrâce et la mienne, de venir vous voir.

LÉONTES.—Quoi! ne pouvez-vous la gouverner?