Note 10: [(retour) ]

Couleur de la jalousie.

LÉONTES.—Méchante sorcière!—Et toi, imbécile, digne d'être pendu, tu n'arrêteras pas sa langue?

ANTIGONE.—Si vous faites pendre tous les maris qui ne peuvent accomplir cet exploit, à peine vous laisserez-vous un seul sujet.

LÉONTES.—Encore une fois, emmène-la d'ici.

PAULINE.—Le plus méchant et le plus dénaturé des époux ne peut faire pis.

LÉONTES.—Je te ferai brûler vive.

PAULINE.—Je ne m'en embarrasse point: c'est celui qui allume le bûcher qui est l'hérétique, et non point celle qui y est brûlée. Je ne vous appelle point tyran: mais ce traitement cruel que vous faites subir à votre reine, sans pouvoir donner d'autres preuves de votre accusation que votre imagination déréglée, sent un peu la tyrannie et vous rendra ignoble; oui, et un objet d'ignominie aux yeux du monde.

LÉONTES.—Sur votre serment de fidélité, je vous somme de la chasser de ma chambre. Si j'étais un tyran, où serait sa vie? Elle n'aurait pas osé m'appeler ainsi, si elle me connaissait pour en être un. Entraînez-la.

PAULINE.—Je vous prie, ne me poussez pas, je m'en vais. Veillez sur votre enfant, seigneur; il est à vous. Que Jupiter daigne lui envoyer un meilleur génie tutélaire! (Aux courtisans.) A quoi bon vos mains? Vous qui prenez un si tendre intérêt à ses extravagances, vous ne lui ferez jamais aucun bien, non, aucun de vous; allez, allez; adieu, je m'en vais.

(Elle sort.)