POLIXÈNE.—Arrêtez, berger; un moment, je vous en conjure.—(A Florizel.) Avez-vous un père?

FLORIZEL.—J'en ai un.—Mais que prétendez-vous?

POLIXÈNE.—Sait-il ceci?

FLORIZEL.—Il ne le sait pas et ne le saura jamais.

POLIXÈNE.—Il me semble pourtant qu'un père est l'hôte qui sied le mieux au festin des noces de son fils. Je vous prie, encore un mot: votre père n'est-il pas incapable de gouverner ses affaires? n'est-il pas tombé en enfance par les années et les catarrhes de l'âge? peut-il parler, entendre, distinguer un homme d'un autre, administrer son bien? n'est-il pas toujours au lit, incapable de rien faire que ce qu'il faisait dans son enfance?

FLORIZEL.—Non, mon bon monsieur, il est plein de santé, et il a même plus de forces que n'en ont la plupart des vieillards de son âge.

POLIXÈNE.—Par ma barbe blanche, si cela est, vous lui faites une injure qui ne sent pas trop la tendresse filiale: il est raisonnable que mon fils se choisisse lui-même une épouse; mais il serait de bonne justice aussi que le père, à qui il ne reste plus d'autre joie que celle de voir une belle postérité, fût un peu consulté dans pareille affaire.

FLORIZEL.—Je vous accorde tout cela; mais, mon vénérable monsieur, pour quelques autres raisons qu'il n'est pas à propos que vous sachiez, je ne donne pas connaissance de cette affaire à mon père.

POLIXÈNE.—Il faut qu'il en soit instruit.

FLORIZEL.—Il ne le sera point.