FLORIZEL.—Oui, seigneur, quand une fois elle sera ma femme.
LÉONTES.—Et cela, je le vois, par la prompte poursuite de votre bon père, viendra bien lentement. Je suis fâché, très-fâché, que vous vous soyez aliéné son amitié, que votre devoir vous obligeait de conserver; et aussi fâché que votre choix ne soit pas aussi riche en mérite qu'en beauté, afin que vous puissiez jouir d'elle.
FLORIZEL.—Chérie, relève la tête: quoique la fortune, qui se déclare ouvertement notre ennemie, nous poursuive avec mon père, elle n'a pas le moindre pouvoir pour changer notre amour. (Au roi.) Je vous en conjure, seigneur, daignez vous rappeler le temps où vous ne comptiez pas plus d'années que je n'en ai à présent; en souvenir de ces affections, présentez-vous mon avocat: à votre prière, mon père accordera les plus grandes grâces comme des bagatelles.
LÉONTES.—S'il voulait le faire, je lui demanderais votre précieuse amante, qu'il regarde, lui, comme une bagatelle.
PAULINE.—Mon souverain, vos yeux sont trop jeunes: moins d'un mois avant que votre reine mourut, elle méritait encore mieux ces regards que ce que vous regardez à présent.
LÉONTES.—Je songeais à elle, même en contemplant cette jeune fille.—(A Florizel.) Mais je n'ai pas encore donné de réponse à votre demande. Je vais aller trouver votre père. Puisque vos penchants n'ont point triomphé de votre honneur, je suis leur ami et le vôtre: je vais donc le chercher pour cette affaire; ainsi, suivez-moi et voyez le chemin que je ferai.—Venez, cher prince.
(Ils sortent.)
SCÈNE II
La scène est devant le palais.
AUTOLYCUS ET UN GENTILHOMME.