OLIVIA.—Voyons ta preuve.

LE BOUFFON.—Il faut que je vous catéchise pour cela, madame.—Ma bonne petite souris de vertu, répondez-moi.

OLIVIA.—Allons, monsieur, à défaut d'autre passe-temps, je vous demanderai votre preuve.

LE BOUFFON.—Bonne madame, pourquoi êtes-vous en deuil?

OLIVIA.—Mon cher fou, pour la mort de mon frère.

LE BOUFFON.—Je crois, madame, que son âme est en enfer.

OLIVIA.—Moi, je sais, fou, que son âme est dans le ciel.

LE BOUFFON.—Vous n'en êtes que d'autant plus folle, madame, d'être en deuil, de ce que l'âme de votre frère est dans le ciel.—Emmenez la folle, messieurs.

OLIVIA.—Que pensez-vous de ce fou, Malvolio? Ne s'amende-t-il pas?

MALVOLIO.—Oui, et il continuera ainsi jusqu'à ce que les angoisses de la mort l'ébranlent. L'infirmité qui fait déchoir le sage amende toujours le fou.