ANTONIO.—Que la bonté de tous les dieux ensemble accompagne tes pas! J'ai beaucoup d'ennemis à la cour d'Orsino; sans cela, je ne tarderais pas à t'y revoir.—Mais, advienne que pourra, je t'adore tant, que pour toi tous les dangers me sembleront un jeu, et je veux y aller.

(Il sort.)

SCÈNE II

Une rue.

VIOLA entre, MALVOLIO la suit.

MALVOLIO.—N'étiez-vous pas, il y a un moment, avec la comtesse Olivia?

VIOLA.—A l'instant même, monsieur; en marchant d'un pas ordinaire je ne suis encore arrivé qu'ici.

MALVOLIO.—Elle vous renvoie cette bague, monsieur; vous auriez pu m'épargner cette peine, et la reprendre vous-même. Elle ajoute, en outre, que vous ayez à bien assurer votre maître qu'il peut désespérer, et qu'elle ne veut point de lui; et ceci encore, que vous n'ayez jamais la hardiesse de revenir négocier pour lui, à moins que ce ne soit pour rapporter la manière dont votre seigneur, entendez-le bien, aura pris son refus.

VIOLA.—Elle a reçu cette bague de moi: je n'en veux point.

MALVOLIO.—Allons, monsieur, vous la lui avez méchamment jetée: et son intention est qu'elle vous soit rendue. (Il la jette à ses pieds.) Si elle vaut la peine que vous vous baissiez, la voilà sous vos yeux; sinon, qu'elle soit à celui qui la trouvera.