PREMIER OFFICIER.—Voilà l'homme; faites votre devoir.

SECOND OFFICIER.—Antonio, je vous arrête à la requête du comte Orsino.

ANTONIO.—Vous vous méprenez, monsieur.

PREMIER OFFICIER.—Non, monsieur, pas du tout.—Je connais bien vos traits, quoique vous n'ayez pas maintenant le bonnet de marin sur la tête.—Emmenez-le: il sait que je le connais bien.

ANTONIO, à Viola.—Je suis forcé d'obéir.—Voilà ce qui m'arrive en vous cherchant, mais il n'y a pas de remède. Je saurai me tirer d'affaire: vous, que ferez-vous? Maintenant la nécessité me force de vous demander ma bourse; je ressens bien plus de peine de ne pouvoir rien faire pour vous, que du malheur qui m'arrive. Vous restez confondu; allons, consolez-vous.

SECOND OFFICIER.—Allons, monsieur, partons.

ANTONIO.—Il faut que je vous demande une partie de cet argent.

VIOLA.—Quel argent, monsieur? Je veux bien, en considération de l'intérêt généreux que vous venez de montrer ici pour moi, et touché aussi de l'accident qui vous arrive, vous prêter quelque chose de mes minces et modiques ressources: ce que je possède n'est pas grand'chose; je le partagerai volontiers avec vous: tenez, voilà la moitié de ma bourse.

ANTONIO.—Voulez-vous me refuser à présent? Est-il possible que mes services envers vous ne soient pas capables de vous persuader? N'insultez pas à mon infortune, de crainte que le ressentiment ne me pousse à l'inconséquence de vous reprocher les services que je vous ai rendus.

VIOLA.—Je n'en connais aucun; et je ne vous reconnais ni au son de voix, ni à vos traits; je hais plus dans un homme l'ingratitude que le mensonge, la vanité, le bavardage, l'ivrognerie, ou tout autre trace de vice, dont le germe impur corrompt notre sang.