ANTONIO.--Dépêche-toi, aimable Juif. Cet Hébreu se fera chrétien; il devient traitable.
BASSANIO.--Je n'aime pas de belles conditions accordées par un misérable.
ANTONIO.--Allons: il ne peut y avoir rien à craindre; mes vaisseaux arriveront un mois avant le terme.
FIN DU PREMIER ACTE.
ACTE DEUXIÈME
SCÈNE I
A Belmont.
Fanfare de cors. Entrent LE PRINCE DE MAROC avec sa suite, PORTIA, NÉRISSA,
et plusieurs autres personnes de sa suite.
LE PRINCE DE MAROC.--Ne vous choquez point de la couleur de mon teint: c'est la sombre livrée de ce soleil à la brune chevelure dont je suis voisin, et près duquel je fus nourri. Faites-moi venir le plus beau des enfants du Nord, où les feux de Phoebus dégèlent à peine les glaçons suspendus aux toits, et faisons sur nous une incision en votre honneur, pour savoir quel sang est le plus rouge du sien ou du mien. Dame, je puis te le dire, cette figure a intimidé le brave. Je jure, par mon amour, que les vierges les plus honorées de nos climats en ont été éprises. Je ne voudrais pas changer de couleur, à moins que ce ne fût pour vous dérober quelques pensées, mon aimable reine.
PORTIA.--Je ne me laisse pas conduire dans mon choix par la seule délicatesse des yeux d'une fille. D'ailleurs la loterie à laquelle est remis mon sort ôte à ma volonté le droit d'une libre décision. Mais mon père n'eût-il pas circonscrit mon choix, et n'eût-il pas, dans sa sagesse, déterminé que je me donnerais pour femme à celui qui m'obtiendra par les moyens que je vous ai dits, vous me paraîtriez, prince renommé, tout aussi digne de mon affection qu'aucun de ceux que j'aie vus jusqu'ici se présenter.