PORTIA.--Le moucheron s'est brûlé à la lumière. Oh! ces sots réfléchis! Quand ils choisissent, ils sont tout juste assez sages pour se perdre à force de raisonnements.

NÉRISSA.--Le vieux proverbe n'a pas tort: la potence et le choix d'une femme sont une affaire de hasard.

PORTIA.--Allons, ferme le rideau, Nérissa.

(Entre un valet.)

LE VALET.--Où est madame?

PORTIA.--La voici: que lui veut monsieur?

LE VALET.--Madame, il vient de descendre à votre porte un jeune Vénitien, qui marche devant son maître pour annoncer son arrivée, et vous présenter de sa part des hommages très-substantiels, je veux dire, outre les compliments et les paroles courtoises, des présents d'un haut prix. Je n'ai jamais vu de messager d'amour si avenant. Jamais un jour d'avril n'annonça les richesses de l'été qui s'avance, sous un aspect aussi gracieux que ce courrier lorsqu'il annonce son maître.

PORTIA.--Arrête, je te prie; je crains presque que tu ne me dises tout à l'heure qu'il est de tes parents, en te voyant dépenser ainsi, pour le louer, tout ton esprit des dimanches. Allons, allons, Nérissa, je brûle de voir cet agile courrier d'amour, qui se présente de si bonne grâce.

NÉRISSA.--Que ce soit Bassanio, seigneur Amour, si telle est ta volonté.

(Ils sortent.)