GRATIANO.--Seigneur Bassanio, et vous, belle dame, je vous souhaite tout le bonheur que vous pouvez désirer; car je suis sûr que vous n'en souhaitez aucun aux dépens du mien. Mais lorsque Vos Seigneuries solenniseront le traité qui doit les engager, permettez-moi, je vous prie, de me marier aussi.

BASSANIO.--De tout mon coeur. Tu peux chercher une femme.

GRATIANO.--Je remercie Votre Seigneurie; vous m'en avez donné une. Mes yeux, seigneur, sont aussi prompts que les vôtres. Vous avez vu la maîtresse, moi j'ai vu la suivante. Vous avez aimé, j'ai aimé, car je ne suis pas plus disposé que vous, seigneur, à traîner les choses en longueur. Votre sort était dans ces coffres, le mien s'y trouve attaché par l'événement; car à force de faire ma cour jusqu'à me mettre en nage, de protester de mon amour jusqu'à m'en être desséché le gosier, je suis parvenu à tenir enfin, si une promesse peut se tenir, la parole de cette belle, qu'elle m'accorderait son amour si vous aviez le bonheur de conquérir sa maîtresse.

PORTIA.--Est-il vrai, Nérissa?

NÉRISSA.--Oui, madame, si c'est votre bon plaisir.

BASSANIO.--Et vous, Gratiano, êtes-vous de bonne foi?

GRATIANO.--Oui, seigneur, je le jure.

BASSANIO.--Nos noces seront fort embellies par les vôtres.

GRATIANO.--Parions avec vous dix mille ducats à qui fera le premier garçon.

NÉRISSA.--Quoi! et vous mettez bas l'enjeu?