PORTIA.--Quoi! pas davantage? Donnez lui en six mille, et annulez le billet. Doublez les six mille, triplez-les, plutôt qu'un ami de cette sorte perde un cheveu par la faute de Bassanio. Venez d'abord à l'église, nommez-moi votre épouse, et partez pour aller à Venise trouver votre ami; car vous ne reposerez point aux côtés de Portia avec une âme inquiète. Je vous donnerai assez d'or pour payer vingt fois cette petite dette. Quand elle sera acquittée, amenez avec vous votre fidèle ami. Cependant, Nérissa ma suivante et moi, nous vivrons comme des filles et des veuves. Allons, venez; car vous allez partir le jour même de vos noces. Traitez bien vos amis, montrez leur une mine joyeuse: puisque je vous ai acheté cher, je vous aimerai chèrement.--Mais voyons la lettre de votre ami.

BASSANIO lit.--«Mon cher Bassanio, tous mes vaisseaux se sont perdus: mes créanciers deviennent cruels; ma fortune est réduite à bien peu de chose. J'ai encouru la peine portée dans l'obligation faite au Juif: et puisque en remplissant cette clause il est impossible que je vive, toutes vos dettes envers moi seront acquittées si je puis vous voir avant ma mort. Cependant faites ce que vous voudrez: si ce n'est pas votre amitié qui vous engage à venir, que ce ne soit pas ma lettre.»

PORTIA.--O mon amour, terminez promptement toute affaire; partez.

BASSANIO.--Puisque vous me donnez la permission de m'éloigner, je vais me hâter. Mais jusqu'à mon retour aucun lit n'aura à se reprocher de me retenir, aucun repos ne viendra se placer entre vous et moi.

(Ils sortent.)

SCÈNE III

À Venise.--Une rue.

Entrent SHYLOCK, ANTONIO, SALARINO, UN GEÔLIER.

SHYLOCK.--Geôlier, veillez sur lui. Ne me parlez pas de pitié. Le voilà cet imbécile qui prêtait de l'argent gratis.--Geôlier, veillez sur lui.

ANTONIO.--Encore un mot, Shylock.