LORENZO.--C'est la voix de Portia, ou je suis bien trompé.
PORTIA.--Il m'a reconnue, comme l'aveugle reconnaît le coucou, à sa mauvaise voix.
LORENZO.--Ma chère dame, soyez la bienvenue chez vous.
PORTIA.--Nous avons employé le temps à prier Dieu pour nos époux. Nous espérons que c'est avec succès et que nos paroles leur auront été de quelque avantage. Sont-ils de retour?
LORENZO.--Pas encore, madame; mais il vient d'arriver un messager pour les annoncer.
PORTIA.--Entrez, Nérissa; recommandez à mes domestiques de ne point parler du tout de l'absence que nous avons faite. N'en parlez pas non plus, Lorenzo, ni vous, Jessica.
(On entend une fanfare.)
LORENZO.--Votre mari n'est pas loin, j'entends sa trompette.--Nous ne sommes pas des rapporteurs, madame; ne craignez rien.
PORTIA.--Cette nuit ressemble au jour, mais au jour malade; elle est un peu plus pâle que lui. C'est le jour tel qu'il est lorsque le soleil se cache.
(Entrent Bassanio, Antonio, Gratiano et leur suite.)