(Elle sort.)
PHILIPPE.--Je crains qu'elle ne se fasse du mal. Je vais la suivre.
(Il sort.)
LOUIS.--Il n'est plus rien dans le monde qui puisse me donner aucune joie. La vie est aussi ennuyeuse pour moi qu'une histoire deux fois racontée dont on rebat l'oreille fatiguée d'un homme assoupi. La honte amère a tellement gâté le goût des douceurs de ce monde, qu'il ne me rend plus que honte et qu'amertume.
PANDOLPHE.--Avant qu'une forte maladie soit guérie, l'instant même qui ramène la vigueur et la santé est celui de la crise la plus violente et le mal qui prend congé de nous montre en nous quittant ce qu'il a de plus cruel. Qu'avez-vous donc perdu en perdant la journée?
LOUIS.--Toutes mes journées de gloire, de plaisir et de bonheur.
PANDOLPHE.--Cela serait certainement ainsi si vous l'aviez gagnée.--Non, non, c'est quand la fortune veut le plus de bien aux hommes qu'elle les regarde d'un oeil menaçant. Il est étrange de penser tout ce qu'a perdu le roi Jean dans ce qu'il croit avoir si clairement gagné.--N'êtes-vous pas affligé qu'Arthur soit son prisonnier?
LOUIS.--Aussi sincèrement qu'il est satisfait de l'avoir.
PANDOLPHE.--Votre esprit est aussi jeune que votre âge. Écoutez-moi maintenant vous parler avec un esprit prophétique: le souffle seul de ce que j'ai à vous dire va emporter jusqu'au dernier brin de paille, jusqu'au dernier obstacle du chemin qui doit conduire vos pas au trône d'Angleterre. Écoutez donc.--Jean s'est emparé d'Arthur, et tant que la chaleur de la vie se jouera dans les veines de cet enfant, il est impossible que Jean, mal affermi, jouisse d'une heure, d'une minute, d'une seule respiration tranquille. Le sceptre qu'arrache une main révoltée ne peut être retenu que par la violence qui l'a acquis; et celui qui se tient dans un endroit glissant ne fera point scrupule de se retenir aux plus vils appuis pour rester debout. Pour que Jean puisse se soutenir, il faut qu'Arthur tombe....--Ainsi soit-il, puisque cela ne peut être autrement.
LOUIS.--Mais que gagnerai-je à la chute du jeune Arthur?