HUBERT.--En effet, j'ai été plus gai.
ARTHUR.--Miséricorde! je croyais que personne ne devait être triste que moi. Cependant je me rappelle qu'étant en France, je voyais de jeunes gentilshommes tristes comme la nuit, et cela seulement par divertissement [18]. Par mon baptême, si j'étais hors de prison et gardant les moutons, je serais gai tant que le jour durerait; et je le serais même ici, si je ne me doutais que mon oncle cherche à me faire encore plus de mal. Il a peur de moi, et moi de lui. Est-ce ma faute si je suis fils de Geoffroy? Non sûrement ce n'est pas ma faute; et plût au ciel que je fusse votre fils, Hubert! car vous m'aimeriez.
Note 18:[ (retour) ] Moquerie du poëte faisant allusion aux prétentions à la mélancolie qui, du temps de la reine Élisabeth, étaient du bel air à la cour.
HUBERT, bas.--Si je lui parle, son innocent babil va réveiller ma pitié qui est morte. Il faut me hâter de dépêcher la chose.
ARTHUR.--Êtes-vous malade, Hubert? Vous êtes pâle aujourd'hui. En vérité, je voudrais que vous fussiez un peu malade, afin de pouvoir rester debout toute la nuit à veiller près de vous. Je suis bien sûr que je vous aime plus que vous ne m'aimez.
HUBERT.--Ses discours s'emparent de mon coeur. (Il donne un papier à Arthur.) Lisez, jeune Arthur. (A part.)--Quoi! de sottes larmes qui vont mettre à la porte l'impitoyable cruauté! Il faut en finir promptement, de crainte que ma résolution ne s'échappe de mes yeux en larmes efféminées. (A Arthur.)--Est-ce que vous ne pouvez pas lire? N'est-ce pas bien écrit?
ARTHUR.--Trop bien, Hubert, pour un si horrible résultat. Quoi! il faut que vous me brûliez les deux yeux avec un fer rouge?
HUBERT.--Jeune enfant, il le faut.
ARTHUR.--Et le ferez-vous?
HUBERT.--Je le ferai.