OSWALD.—Je ne le puis, madame, ma maîtresse m'a imposé le devoir d'exécuter cet ordre.

RÉGANE.—Mais pourquoi écrit-elle à Edmond? Ne pouvait-elle vous charger verbalement de ses ordres? Peut-être...—Je ne sais quoi...—Je t'aimerai de tout mon coeur...—Laisse-moi décacheter cette lettre.

OSWALD.—Madame, j'aimerais mieux...

RÉGANE.—Je sais que votre maîtresse n'aime point son mari; j'en suis sûre: la dernière fois qu'elle vint ici, elle lançait au noble Edmond d'étranges oeillades et des regards bien significatifs. Je sais que vous êtes dans son intime confiance.

OSWALD.—Moi, madame?

RÉGANE.—Oui, je sais ce que je dis; vous y êtes, je le sais: ainsi je vous en avertis, faites bien attention à ceci.—Mon époux est mort: Edmond et moi nous nous sommes parlé; il est beaucoup plus à ma convenance qu'à celle de votre maîtresse. Vous pouvez comprendre le reste. Si vous le trouvez, donnez-lui ceci, je vous prie; et quand vous rendrez compte de tout ce que je vous dis à votre maîtresse, conseillez-lui, s'il vous plaît, de rappeler à elle sa raison. Maintenant adieu.—Si vous entendez par hasard parler de cet aveugle traître, la faveur sera pour celui qui nous en défera.

OSWALD.—Je voudrais pouvoir le rencontrer, madame, et je vous prouverais à quel point je suis dévoué.

RÉGANE.—Je te souhaite le bonjour.

SCÈNE VI

Dans la campagne près de Douvres.