ALBANIE.—Vous pourriez pousser trop loin vos craintes.
GONERILLE.—Cela est plus sûr que de s'y fier. Laissez-moi continuer à tenir éloignés les maux que je crains, plutôt que de craindre toujours d'en être surprise. Je connais son coeur. Tout ce qu'il a dit là, je l'ai mandé à ma soeur. Si elle veut le soutenir lui et cent chevaliers, maintenant que je lui en ai montré tous les inconvéniens... (Entre Oswald.)—Eh bien! Oswald, avez-vous écrit cette lettre pour ma soeur?
OSWALD.—Oui, madame.
GONERILLE.—Prenez avec vous quelque suite, et montez promptement à cheval. Instruisez ma soeur tout au long de mes craintes particulières, et ajoutez-y les raisons que vous jugerez convenables pour leur donner plus de consistance. Allons, partez, et pressez votre retour. (Oswald sort.)—(A Albanie.) Non, non, seigneur, cette pacifique douceur et conduite que vous tenez, bien que je ne la blâme pas, vous attire plus souvent, souffrez que je vous le dise, le reproche de manquer de sagesse, qu'elle ne vaut d'éloges à votre dangereuse bonté.
ALBANIE.—Jusqu'où s'étend la portée de votre vue, c'est ce que j'ignore. En nous agitant pour trouver le mieux, nous gâtons souvent le bien.
GONERILLE.—Mais en ce cas...
ALBANIE.—Bien, bien; on verra l'événement.
(Ils sortent.)
SCÈNE V
Une cour devant le palais d'Albanie.