HERMIA.—Oh! quel malheur, quand on est enchaîné à quelqu'un de plus bas que soi!

LYSANDRE.—Tantôt les coeurs sont mal assortis à cause de la différence des années....

HERMIA.—O douleur! quand la vieillesse est unie à la jeunesse.

LYSANDRE.—Tantôt c'est le choix de nos amis qui contrarie l'amour....

HERMIA.—Oh! c'est un enfer, de choisir l'objet de son amour par les yeux d'autrui.

LYSANDRE.—Ou, s'il se trouvait de la sympathie dans le choix, la guerre, la mort ou la maladie, sont venues l'assaillir et le rendre momentané comme un son, rapide comme une ombre, court comme un songe, passager comme l'éclair qui, au milieu d'une nuit sombre, découvre, dans un clin d'oeil, le ciel et la terre; et avant que l'homme ait eu le temps de dire: Voyez! le gouffre de ténèbres l'a englouti. C'est ainsi que tout ce qui brille est prompt à disparaître.

HERMIA.—Si les vrais amants ont toujours été traversés, c'est un arrêt du destin; apprenons donc à le subir avec patience, puisque c'est un revers commun, et aussi inséparable de l'amour que les pensées, les songes, les désirs et les larmes, accompagnement indispensable de nos pauvres penchants.

LYSANDRE.—Sage conseil! Écoute-moi donc, Hermia: j'ai une tante qui est veuve, douairière, possédant une immense fortune, et qui n'a point d'enfants. Sa maison est éloignée d'Athènes de sept lieues; elle me regarde comme son fils unique. Là, chère Hermia, je peux t'épouser, et la dure loi d'Athènes ne peut nous y poursuivre. Ainsi, si tu m'aimes, dérobe-toi de la maison de ton père demain dans la nuit, et dans le bois, à une lieue hors de la ville, au même endroit où je te rencontrai une fois avec Hélène, allant rendre votre culte à l'aurore de mai: là, je te promets de t'attendre.

HERMIA.—Mon cher Lysandre, je te jure, par l'arc le plus fort de l'Amour, par la plus sûre de ses flèches dorées, par la douce candeur des colombes de Vénus, par les noeuds secrets qui enchaînent les âmes et font prospérer les amours; par les feux dont brûla la reine de Carthage, lorqu'elle vit le perfide Troyen mettre à la voile[4]; par tous les serments que les hommes ont violé, plus nombreux que n'ont jamais été ceux des femmes, au lieu même que tu viens de m'assigner, demain, sans faute, j'irai te rejoindre.

Note 4: [(retour) ]

Shakspeare oublie que Thésée a fait ses exploits avant la guerre de Troie, et par conséquent longtemps avant la mort de Didon. STEEVENS.

Mais le duc Thésée de Shakspeare est-il bien le Thésée de la mythologie? Je crois que Shakspeare ne s'est pas trop inquiété du temps où avait pu vivre celui-ci. Le sien est un duc d'Athènes qui aurait aussi bien figuré comme duc de Bourgogne; pourtant il y a dans cette pièce tant d'autres allusions mythologiques qu'il faut bien croire à l'anachronisme.