LYSANDRE.—La même touffe de verdure nous servira d'oreiller à tous les deux: un seul coeur, un même lit, deux âmes, et une seule foi.
HERMIA.—Non, cher Lysandre: pour l'amour de moi, mon ami, placez-vous plus loin encore; ne vous mettez pas si près de moi.
LYSANDRE.—Ô ma douce amie! prenez mes paroles dans le sens que leur donne mon innocence. Dans l'entretien des amants, l'amour est l'interprète; j'entends que mon coeur est uni au vôtre, en sorte que nous pouvons des deux coeurs n'en faire qu'un; que nos deux âmes se sont enchaînées par un serment, en sorte que ce n'est qu'une foi dans deux âmes. Ne me refusez donc pas une place à vos côtés, pour me reposer; car en me couchant ainsi je ne ments point[25].
Note 25: [(retour) ]
Équivoque sur le verbe to lie, se coucher et mentir.
HERMIA.—Lysandre excelle à faire des énigmes: malheur à mes manières et à ma fierté, si Hermia a voulu dire que Lysandre mentait. Mais, mon aimable ami, au nom de la tendresse et de la courtoisie, éloigne-toi un peu: cette séparation, prescrite par la décence humaine convient à un amant vertueux, et à une jeune vierge: oui, tiens-toi à cette distance; et bonsoir, mon bien-aimé; que ton amour ne finisse qu'avec ta précieuse vie!
LYSANDRE.—Je réponds à cette tendre prière: Ainsi soit-il, ainsi soit-il; et que ma vie finisse quand finira ma fidélité! Voici mon lit: que le sommeil t'accorde tout son repos!
HERMIA.—Que la moitié de ses faveurs ferme les yeux de celui qui m'adresse ce souhait. (Ils s'endorment tous deux.)
(Entre Puck.)
PUCK.
J'ai couru tout le bois;