STARVELING.—Je crois que nous ferons bien de laisser la tuerie de côté quand tout sera fini.
BOTTOM.—Pas du tout. J'ai un expédient pour tout concilier. Écrivez-moi un prologue, et que ce prologue ait l'air de dire que nous ne ferons aucun mal avec nos épées, et que Pyrame n'est pas tué tout de bon; pour plus grande assurance, dites-leur que moi, qui fais Pyrame, je ne suis pas Pyrame, mais Bottom le tisserand: cela les rassurera tout à fait contre la peur.
QUINCE.—Allons, nous ferons ce prologue; et il sera écrit en vers de huit et de six[26].
Note 26: [(retour) ]
On sait qu'un sonnet ne peut avoir que quatorze vers.
BOTTOM.—Non, ajoutez-en encore deux: qu'on le fasse en vers de huit.
SNOUT.—Et les dames ne seront-elles point effrayées du lion?
STARVELING.—Je le crains bien, je vous assure.
BOTTOM.—Camarades, vous devriez y bien réfléchir. Amener sur la scène, Dieu nous protége! un lion parmi des dames, c'est une chose bien terrible; car il n'y a pas de plus redoutable bête sauvage que votre lion, au moins; nous devons bien faire attention à cela.
SNOUT.—Il faudra donc un autre prologue pour dire que le lion n'est pas un lion.
BOTTOM.—Oh! il faut que vous nommiez celui qui joue le lion, et que l'on voie la moitié de son visage au travers du cou du lion; il faut qu'il parle lui-même, et qu'il dise ceci, ou quelque chose d'équivalent:—«Mesdames, ou belles dames, je vous souhaiterais, ou je vous demanderais, ou je vous prierais de ne pas avoir peur, de ne pas trembler; je réponds de votre vie sur la mienne. Si vous croyiez que je viens ici comme un lion, ce serait exposer ma vie. Non, je ne suis rien de pareil; je suis un homme tout comme les autres hommes.....» Et alors qu'il dise son nom, et qu'il leur déclare tout net qu'il est Snug le menuisier.