PREMIER VOLEUR.—Venez, il faut que je vous conduise à la caverne de notre capitaine: ne craignez rien, c'est un coeur généreux, et il ne souffrirait pas qu'une femme fût maltraitée.

SILVIE.—O Valentin! je supporte ceci par amour pour toi!

(Ils sortent.)

SCÈNE IV

Autre partie de la forêt.

VALENTIN entre

Combien l'habitude a d'empire sur l'homme: ces sombres déserts, ces bois solitaires, je les préfère aux villes peuplées et florissantes. Ici, je puis m'asseoir seul, sans être vu de personne; je puis unir ma voix gémissante aux accents plaintifs du rossignol et raconter mes douleurs; O toi qui habites dans mon sein, ne laisse pas la maison si longtemps sans maître, de peur que, tombant en ruines, l'édifice ne s'écroule et ne laisse plus aucun souvenir de ce qu'il était. Répare ma vie par ta présence, Silvie, aimable nymphe, console ton berger au désespoir.—Quels cris et quel tumulte on fait aujourd'hui! ce sont mes camarades qui font de leurs volontés leurs lois. Ils poursuivent probablement quelque malheureux voyageur. Ils m'aiment beaucoup, et cependant j'ai bien à faire à les empêcher de commettre des actions cruelles. Retire-toi, Valentin. Quel est celui qui s'avance de ce côté?

(Valentin se retire à l'écart.)

(Entrent Protéo, Silvie et Julie.)

PROTÉO.—Belle Silvie (quoique vous n'ayez aucun égard à ce que fait votre serviteur), ce service que je vous ai rendu de hasarder ma vie et de vous arracher au brigand qui aurait fait violence à votre amour et à votre honneur mérite bien qu'en récompense vous m'accordiez au moins un tendre regard. Je ne puis demander une moindre faveur, et je suis sûr que vous ne pouvez donner moins.