VALENTIN.—Je voudrais bien qu'il n'y eût rien de pire.
SPEED.—Je vous garantis que c'est comme je vous le dis: car vous lui avez souvent écrit, et elle, par modestie ou faute d'un moment de loisir, elle n'a pu vous répondre, peut-être aussi elle a craint qu'un messager ne trahit le secret de son coeur, et voilà pourquoi elle a voulu que son amant lui-même écrivit à son amant. Tout ce que je vous dis est vrai à la lettre.—Mais à quoi rêvez-vous là, monsieur? voici l'heure de dîner.
VALENTIN.—J'ai dîné.
SPEED.—Fort bien; mais écoutez-moi, monsieur: quoique l'Amour, ce caméléon[29], puisse vivre d'air, je suis un de ceux qui se nourrissent de mets solides, et je voudrais bien avoir à manger. Ah! ne soyez pas comme votre maîtresse; laissez-vous émouvoir, laissez-vous émouvoir.
(Ils sortent.)
Note 29: [(retour) ]
On a cru longtemps que le caméléon se nourrissait d'air.
SCÈNE II
Vérone.—Appartement dans la maison de Julie.
Entrent PROTÉO, JULIE.
PROTÉO.—Prenez patience, ma chère Julie.