LUCETTE.—Ne pensez alors pas au déshonneur et partez. Si Protéo approuve votre voyage quand vous arriverez, peu importe à qui il déplaira quand vous serez partie! Je crains seulement qu'il n'en soit pas trop satisfait.
JULIE.—Va, Lucette, c'est la moindre de mes inquiétudes. Mille serments, un océan de larmes, et les preuves aussi infinies de son amour, m'assurent que je serai la bienvenue auprès de mon Protéo.
LUCETTE.—Tous ces moyens sont au service des séducteurs.
JULIE.—Ames viles qui s'en servent pour exécuter leurs vils projets! Mais des astres plus généreux ont présidé à la naissance de Protéo; ses paroles sont des liens, ses serments sont des oracles, son amour est sincère, ses pensées sont pures, ses larmes sont les interprètes de son coeur, et son coeur est aussi éloigné de la fraude que le ciel de la terre.
LUCETTE.—Priez le ciel que vous le trouviez encore ainsi lorsque vous le rejoindrez.
JULIE.—Voyons, si tu m'aimes, ne lui fais pas l'injure de mal penser de sa sincérité; car tu ne peux mériter mon amour qu'en aimant mon cher Protéo; et maintenant viens avec moi dans ma chambre pour prendre note de tout ce qu'il est nécessaire que tu me procures pour ce voyage que je désire si fort; je laisse à ta disposition tout ce qui est à moi, mes richesses, mes terres, ma réputation; je ne te demande d'autre retour que de m'aider à partir promptement. Viens, point de réplique, mettons-nous tout de suite à l'oeuvre, tout délai m'impatiente.
(Elles sortent.)
FIN DU SECOND ACTE.