SCÈNE II

Appartement du palais ducal, à Milan.

LE DUC et THURIO, PROTÉO suit derrière.

LE DUC.—Seigneur Thurio, ne craignez rien, elle viendra à vous aimer à présent que Valentin est banni de sa vue.

THURIO.—Depuis qu'il est exilé, elle me méprise encore davantage; elle déteste ma présence et me traite avec tant de dédain que je désespère de gagner son coeur.

LE DUC.—Cette faible impression de l'amour est comme une figure tracée sur la glace, qu'une heure de chaleur efface et dissout. Un peu de temps fondra la glace de son coeur, et l'indigne Valentin sera oublié. (Protéo les joint.) Eh bien! seigneur Protéo, votre compatriote est-il parti suivant mon décret?

PROTÉO.—Il est parti, seigneur.

LE DUC.—Ma fille est bien triste de ce départ.

PROTÉO.—Un peu de temps dissipera son chagrin, seigneur.

LE DUC.—Je le crois, mais le seigneur Thurio ne le pense pas. Protéo, la bonne opinion que j'ai de vous (car vous m'avez donné quelques preuves de votre attachement) m'engage de plus en plus à conférer avec vous.