ANNE.--Je ne rentrerai point sans vous, monsieur; on ne s'assiéra point à table que vous ne soyez venu.

SLENDER.--Sur mon honneur, je ne mangerai pas. Je vous remercie tout autant que si je mangeais.

ANNE.--Je vous prie, monsieur, entrez.

SLENDER.--J'aimerais mieux me promener par ici. Je vous remercie.--J'ai eu le menton meurtri l'autre jour en tirant des armes avec un maître d'escrime. Nous avons fait trois passades pour un plat de pruneaux cuits: depuis ce temps je ne puis supporter l'odeur de la viande chaude.--Pourquoi vos chiens aboient-ils ainsi? Avez-vous des ours dans la ville?

ANNE.--Je pense qu'il y en a, monsieur, je l'ai entendu dire.

SLENDER.--J'aime fort ce divertissement, voyez-vous; mais je suis aussi prompt à me fâcher que qui que ce soit en Angleterre.--Vous avez peur quand vous voyez un ours en liberté, n'est-ce pas?

ANNE.--Oui, en vérité, monsieur.

SLENDER.--Oh! actuellement c'est pour moi boire et manger. J'ai vu Sackerson en liberté vingt fois, et je l'ai pris, par sa chaîne. Mais, je vous réponds, les femmes criaient et glapissaient que cela ne peut pas s'imaginer: mais les femmes, à la vérité, ne peuvent pas les souffrir; ce sont de grosses vilaines bêtes.

(Rentre Page.)

PAGE.--Venez, cher monsieur Slender, venez; nous vous attendons.