FORD.--Il y a dans cette ville une dame dont le mari se nomme Ford.
FALSTAFF.--Bien, monsieur.
FORD.--Je l'aime depuis longtemps, et j'ai, je vous le jure, beaucoup dépensé pour elle. Je la suivais avec toute l'assiduité de l'amour, saisissant tous les moyens de la rencontrer, ménageant avec soin la plus petite occasion seulement de l'apercevoir. Non content des présents que j'achetais sans cesse pour elle, j'ai donné beaucoup autour d'elle pour savoir quels seraient les dons qui lui plairaient. Bref, je l'ai poursuivie comme l'amour me poursuivait, c'est-à-dire d'une aile vigilante. Mais quelque récompense que j'aie pu mériter, soit par mes intentions, soit par mes efforts, je n'en ai reçu assurément aucune, à moins que l'expérience ne soit un trésor; celui-là je l'ai acquis à grands frais, ce qui m'a instruit à dire que:
L'amour, comme notre ombre, fuit
L'amour réel qui le poursuit;
Poursuivant toujours qui le fuit,
Et fuyant qui le poursuit.
FALSTAFF.--N'avez-vous jamais tiré d'elle de promesse de vous satisfaire?
FORD.--Jamais.
FALSTAFF.--L'avez-vous sollicitée à cet effet?