FORD.--Damné pendard de débauché! le coeur me crève de colère. Qu'on vienne me dire encore que cette jalousie est absurde!--Ma femme lui a envoyé un message; l'heure est fixée; l'accord est fait. Qui l'aurait pu penser? Voyez si ce n'est pas l'enfer que d'avoir une femme perfide! Mon lit sera déshonoré, mes coffres mis au pillage, mon honneur en pièces; et ce n'est pas le tout que de subir ces infâmes outrages, il me faut accepter d'abominables noms, et cela de la part de celui qui me fait l'affront! Quels titres! quels noms! Appelez-moi Amaimon; cela peut se soutenir; Lucifer, c'est bien; Barbason, à la bonne heure; et pourtant ce sont les qualifications du diable, des noms de démons: mais cocu! cocu complaisant! Le diable même n'a pas un nom semblable.--Page est un âne, un âne fieffé; il veut se fier à sa femme, il ne veut pas être jaloux! J'aimerais mieux confier mon beurre à un Flamand, mon fromage au prêtre gallois Hugh, mon flacon d'eau-de-vie à un Irlandais, ma haquenée à un filou pour s'aller promener, que ma femme à sa propre garde. Tantôt elle complote, tantôt elle projette, tantôt elle manigance; et ce qu'elles ont mis dans leur tête, il faut qu'elles l'exécutent; elles crèveront plutôt que de ne pas l'exécuter. Le ciel soit loué de m'avoir fait jaloux!--C'est à onze heures.--Je le préviendrai; je surprendrai ma femme; je me vengerai de Falstaff, et me rirai de Page.--Allons, allons, plutôt trois heures trop tôt qu'une minute trop tard.--Cocu! cocu! oh! fi, fi, fi!

(Il sort.)

SCÈNE III

Dans le parc de Windsor

Entrent CAIUS et RUGBY.

CAIUS.--Jack Rugby!

RUGBY.--Monsieur?

CAIUS.--Quelle heure est-il, Jack?

RUGBY.--Il est plus que l'heure, monsieur, à laquelle sir Hugh avait promis de venir.

CAIUS.--Palsambleu! il a sauvé son âme en ne venant pas. Il a bien prié dans sa Bible puisqu'il ne vient pas. Palsambleu! Jack Rugby, il est mort s'il vient.