FORD.--Sir John Falstaff!

MISTRISS PAGE.--Lui-même, lui-même; je ne puis jamais retrouver son nom. Mon bon mari et lui se sont épris d'une telle amitié... Ainsi, votre femme est chez elle?

FORD.--Oui, je vous le dis, elle y est.

MISTRISS PAGE.--Excusez, monsieur, je suis malade quand je ne la vois pas.

(Mistriss Page et Robin sortent.)

(Ford s'avance sous la halle.)

FORD.--Page a-t-il bien sa tête? A-t-il ses yeux? A-t-il ombre de bon sens? Sûrement tout cela dort, rien de tout cela ne lui sert plus. Quoi! ce petit garçon porterait une lettre à vingt milles, aussi facilement qu'un canon donne dans le but à deux cents pas. Il vous fait les arrangements de sa femme, fournit à sa folie des tentations et des occasions.--La voilà qui va chez la mienne, et le valet de Falstaff avec elle. Il n'est pas difficile de deviner l'approche d'un pareil orage.--Le valet de Falstaff avec elle!--O les bons complots!--Tout est arrangé: et voilà nos femmes révoltées qui se damnent de compagnie.--C'est bien, je te surprendrai! Je donne ensuite la torture à ma femme; je déchire le voile modeste de l'hypocrite mistriss Page; j'affiche Page lui-même pour un Actéon tranquille et volontaire; et, témoins des effets de ma colère, tous mes voisins crieront: C'est bien fait! (L'horloge sonne.) L'horloge me donne le signal, et l'assurance du fait justifie mes perquisitions. Quand j'aurai trouvé Falstaff, on m'en louera plus qu'on ne m'en raillera; et aussi sûr que la terre est solide, Falstaff est chez moi.--Allons.

(Entrent Page, Shallow, Slender, l'hôte, sir Hugh Evans, Caius et Rugby.)

SHALLOW.--Bien charmés de vous rencontrer, mon sieur Ford.

FORD.--Fort bien; bonne compagnie, sur ma foi. J'ai bonne chère au logis, et, je vous prie, venez tous dîner avec moi.