MACBETH.—Vous savez tous deux que Banquo était votre ennemi?
SECOND ASSASSIN.—Cela est vrai, mon seigneur,
MACBETH.—Il est aussi le mien; et notre inimitié est si sanglante, que chaque minute de son existence me frappe dans ce qui tient de plus près à la vie. Je pourrais, en faisant ouvertement usage de mon pouvoir, le balayer de ma vue sans en donner d'autre raison que ma volonté; mais je ne dois pas le faire, à cause de quelques-uns de mes amis qui sont aussi les siens, dont je ne puis pas perdre l'affection, et avec qui il me faudra déplorer la chute de l'homme que j'aurai renversé moi-même. Voilà ce qui me fait rechercher votre assistance, en cachant cette action à l'oeil du public, pour beaucoup de raisons importantes.
SECOND ASSASSIN.—Nous exécuterons, mon seigneur, ce que vous nous commanderez.
PREMIER ASSASSIN.—Oui, quand notre vie...
MACBETH.—Votre courage perce dans votre maintien. Dans une heure au plus, je vous indiquerai le lieu où vous devez vous poster. Ayez le plus grand soin d'épier et de choisir le moment convenable, car il faut que cela soit fait ce soir, et à quelque distance du palais; et rappelez-vous que j'en veux paraître entièrement innocent, et afin qu'il ne reste dans l'ouvrage ni accrocs ni défauts, il faut qu'avec Banquo son fils Fleance qui l'accompagne, et dont l'absence n'est pas moins importante pour moi que celle de son père, subisse les destinées de cette heure de ténèbres. Prenez votre résolution tout seuls. Je vous rejoins dans un moment.
LES ASSASSINS.—Nous sommes décidés, seigneur.
MACBETH.—Je vous ferai rappeler dans un instant. Ne sortez pas de notre palais. (Les assassins sortent.) C'est une affaire conclue.—Banquo, si c'est vers les cieux que ton âme doit prendre son vol, elle les verra ce soir.
(Il sort.)
Note 26:[ (retour) ] And so I commend you to their backs. C'est une manière de donner congé. Les phrases de politesse et de cérémonie abondent dans cette tragédie.