MACBETH.—Je t'écouterais de trois oreilles si je les avais.

LE FANTÔME.—Sois sanguinaire, intrépide et décidé. Ris-toi dédaigneusement du pouvoir de l'homme. Nul homme né d'une femme ne peut nuire à Macbeth.

(Le fantôme s'enfonce sous terre.)

MACBETH.—Vis donc, Macduff; qu'ai-je besoin de te redouter? Cependant je veux rendre ma tranquillité doublement tranquille, et faire un bail avec le Destin. Tu ne vivras pas, afin que je puisse dire à la peur au pâle courage qu'elle en a menti, et dormir en dépit du tonnerre. (Tonnerre.On voit s'élever le fantôme d'un enfant couronné, ayant un arbre dans la main.) Quel est celui-ci qui s'élève comme le fils d'un roi, et qui porte sur son front d'enfant la couronne fermée de la souveraineté?

LES TROIS SORCIÈRES ENSEMBLE.—Écoute, mais ne parle pas.

LE FANTÔME.—Sois fier comme un lion orgueilleux: ne t'embarrasse pas de ceux qui s'irritent, s'emportent et conspirent contre toi. Jamais Macbeth ne sera vaincu, jusqu'à ce que la grande forêt de Birnam marche contre lui vers la haute colline de Dunsinane.

(Le fantôme rentre dans la terre.)

MACBETH.—Cela n'arrivera jamais. Qui peut presser[33] la forêt, commander à l'arbre de détacher sa racine liée à la terre? O douces prédictions! ô bonheur! Rébellion, ne lève point la tête jusqu'à ce que la forêt de Birnam se lève; et Macbeth, au faîte de la grandeur, vivra tout le bail de la nature, et son dernier soupir sera le tribut payé à la vieillesse et à la loi mortelle.—Cependant mon coeur palpite encore du désir de savoir une chose: dites-moi (si votre art va jusqu'à me l'apprendre), la race de Banquo régnera-t-elle un jour dans ce royaume?

TOUTES LES SORCIÈRES ENSEMBLE.—Ne cherche point à en savoir davantage.

MACBETH.—Je veux être satisfait. Si vous me le refusez, qu'une malédiction éternelle tombe sur vous!—Faites-moi connaître ce qui en est.—Pourquoi cette chaudière disparaît-elle? Quel est ce bruit?