LE DUC, à part, à Claudio.—Mon fils, j'ai entendu tout ce qui s'est passé entre vous et votre soeur. Jamais Angelo n'a eu le projet de la séduire; il n'a voulu que faire l'épreuve de sa vertu, pour exercer son jugement sur la nature des caractères; elle, qui a dans son âme le véritable honneur, lui a fait ce noble refus qu'il a été fort aise de recevoir. Je suis le confesseur d'Angelo, et je suis instruit de la vérité de ce que je vous dis: ainsi préparez-vous à la mort: ne vous reposez point avec satisfaction sur de vaines espérances qui vous trompent: il vous faut mourir demain; à genoux donc et préparez-vous.
CLAUDIO.—Laissez-moi demander pardon à ma soeur. Je suis si dégoûté de la vie, que je veux prier qu'on m'en débarrasse.
LE DUC.—Restez-en là. Adieu.
(Claudio sort.)
(Le prévôt rentre.)
LE DUC.—Prévôt, un mot.
LE PRÉVÔT.—Que demandez-vous, mon père?
LE DUC.—Que maintenant que vous voilà, vous vous en alliez: laissez-moi un instant avec cette jeune fille: mes intentions, d'accord avec mon habit, vous sont garants qu'elle ne court aucun risque dans ma compagnie.
LE PRÉVÔT.—A la bonne heure.
(Le prévôt sort.)