LE COUDE.—Il faut qu'il comparaisse devant le ministre. Monsieur, le ministre lui a déjà donné une leçon: le ministre ne peut supporter un suppôt de débauche. S'il faut qu'il soit un marchand de prostitution, et qu'il paraisse en sa présence, il vaudrait autant qu'il fût à un mille de lui à ses affaires.

LE DUC.—Plût au ciel que nous fussions tous ce que quelques-uns voudraient paraître, aussi exempts de nos vices, que certains vices sont dépouillés d'apparences trompeuses!

(Entre Lucio.)

LE COUDE, au duc.—Son cou sera comme votre ceinture, avec une corde, monsieur.

LE BOUFFON.—Je cherche de l'appui: je demande à grands cris une caution: voici un honnête homme, et un ami à moi.

LUCIO.—Hé bien, noble Pompée? Quoi! aux talons de César? Es-tu mené en triomphe? Quoi! n'y a-t-il donc plus de statues de Pygmalion, nouvellement devenues femmes, qu'on puisse se procurer, pour mettre la main dans la poche, et l'en retirer fermée? Que réponds-tu? Ha! Que dis-tu de ce ton, de cette manière, de cette méthode? Hé! ta réponse n'a-t-elle pas été noyée dans la dernière pluie? Hé bien! que dis-tu, pauvre diable? Le monde va-t-il comme il allait, mon garçon? Quelle est la mode à présent? Est-ce d'être triste et laconique? Ou comment, enfin? Quel est le genre?

LE DUC.—Toujours, toujours le même, et pis encore.

LUCIO.—Comment se porte ma chère mignonne, ta maîtresse? Fait-elle toujours le commerce... hem?

LE BOUFFON.—D'honneur, monsieur, elle a mangé tout son boeuf, et elle est elle-même dans l'étuve.

LUCIO.—Hé! c'est fort bien: cela est bien juste: cela doit être. Toujours votre fraîche débauchée et votre vieille saupoudrée!... C'est une suite inévitable: cela doit être. Vas-tu en prison, Pompée?