LE DUC.—Vous lui faites injure, très-certainement.

LUCIO.—Monsieur, j'étais son intime; le duc était un homme réservé, et je crois que je sais la cause de sa retraite.

LE DUC.—Quelle peut en être la raison, je vous prie?

LUCIO.—Non: excusez-moi.—C'est un secret qui doit rester enfermé entre les dents et les lèvres; mais je peux vous laisser comprendre ceci. Le plus grand nombre des sujets tenait le duc pour sage.

LE DUC.—Sage? eh mais! il n'y a pas de doute qu'il ne le fût.

LUCIO.—C'est un homme très-superficiel, ignorant et étourdi.

LE DUC.—C'est de votre part ou envie, ou folie, ou erreur; le cours même de sa vie, et les affaires qu'il a gouvernées, doivent nécessairement lui assurer une meilleure renommée.—Qu'on le juge seulement sur ce que déposent de lui ses actions, et il paraîtra aux plus envieux un homme instruit, un homme d'État et un militaire; ainsi vous parlez en homme mal informé; ou, si vous êtes bien instruit, c'est donc votre méchanceté qui vous aveugle.

LUCIO.—Monsieur, je le connais bien, et je l'aime.

LE DUC.—L'amitié parle avec plus de connaissance, et la connaissance avec plus d'amitié.

LUCIO.—Allons, monsieur, je sais ce que je sais.