ESCALUS.—Allons, emmenez-la en prison.

MADAME OVERDONE.—Mon cher seigneur, soyez bon pour moi; vous passez pour être un homme plein de miséricorde, mon bon seigneur!

ESCALUS.—Double et triple avertissement, et toujours coupable du même délit! Il y a de quoi forcer la miséricorde à jurer, à agir en tyran.

LE PRÉVÔT.—Une entremetteuse qui pratique depuis onze ans, sous le bon plaisir de votre honneur.

MADAME OVERDONE.—Seigneur, c'est la délation d'un certain Lucio contre moi: madame Catherine Keepdown était grosse de lui dans le temps du duc; il lui a promis le mariage; son enfant aura un an et trois mois dès que viendra la Saint-Jacques et la Saint-Philippe. Je l'ai nourri moi-même, et voyez comme il a l'indignité de me nuire.

ESCALUS.—Cet homme est un franc libertin.—Qu'on le fasse comparaître devant nous.—Conduisez-la en prison: allez, plus de paroles. (Les officiers emmènent madame Overdone.) Prévôt, mon frère Angelo ne veut pas changer son arrêt; il faut que Claudio meure demain; ayez soin de lui procurer des théologiens, et tout ce que conseille la charité, pour le préparer à son sort. Si mon frère agissait d'après ma pitié, Claudio n'en serait pas là.

LE PRÉVÔT.—Sauf votre bon plaisir ce religieux l'a visité, et lui a donné ses avis pour le préparer à la mort.

ESCALUS.—Bonsoir, bon père.

LE DUC.—Que le bonheur et la vertu vous accompagnent toujours.

ESCALUS.—D'où êtes-vous?