LE BOUFFON.—J'ai bonne envie d'apprendre, monsieur, et j'espère que si vous avez occasion de m'employer à votre service, vous me trouverez adroit; car, en bonne foi, monsieur, je vous dois, pour prix de vos bontés, de vous bien servir. (Il sort.)

LE PRÉVÔT.—Faites venir ici Bernardino et Claudio; l'un a toute ma pitié; je n'en ai pas un grain pour l'autre qui est un assassin... fût-il mon frère. (Entre Claudio.) Voyez, Claudio: voici l'ordre pour votre mort. Il est à présent minuit sonné; et demain, à huit heures du matin, vous serez fait immortel. Où est Bernardino?

CLAUDIO.—Plongé dans un sommeil aussi profond que l'innocente fatigue quand elle dort dans les membres roidis du voyageur, et il ne veut pas s'éveiller.

LE PRÉVÔT.—Quel moyen de lui faire du bien?—Allons, allez-vous préparer.—Mais écoutons; quel est ce bruit? (On frappe aux portes.) Que le ciel vous donne ses consolations. (Claudio sort.)—Tout à l'heure.—J'espère que c'est quelque grâce, ou quelque sursis pour l'aimable Claudio. (Entre le duc.) Salut, bon père.

LE DUC.—Que les meilleurs anges de la nuit vous environnent, honnête prévôt! Qui est venu ici dernièrement?

LE PRÉVÔT.—Personne, depuis l'heure du couvre-feu.

LE DUC.—Isabelle n'est pas venue?

LE PRÉVÔT.—Non.

LE DUC.—Alors, elles vont venir sous peu.

LE PRÉVÔT.—Quelle consolation y a-t-il pour Claudio?