MARIANNE voilée, ISABELLE ET PIERRE dans l'éloignement. Par la porte opposée entrent LE DUC, VARRIUS, DIVERS SEIGNEURS, ANGELO, ESCALUS, LUCIO, LE PRÉVÔT, DES OFFICIERS ET DES CITOYENS.
LE DUC.—Mon digne cousin, vous êtes le bienvenu.—Mon ancien et fidèle ami, je suis bien aise de vous voir.
ANGELO.—Un heureux retour à Votre Altesse royale!
LE DUC, à Angelo et Escalus.—Mille actions de grâces sincères à tous les deux: nous avons pris des informations sur votre compte, et nous entendons dire tant de bien de votre justice, que notre coeur ne peut s'empêcher de vous en faire notre remerciement public, comme précurseur d'autres récompenses.
ANGELO.—Vous ne faites qu'augmenter de plus en plus mes obligations.
LE DUC.—Votre mérite parle haut; ce serait lui faire injure que d'en renfermer le témoignage dans le secret de notre connaissance personnelle, lorsqu'il mérite de trouver dans des caractères d'airain une sécurité éternelle contre la dent du temps et les ravages de l'oubli. Donnez-moi votre main, et que mes sujets le voient, afin qu'ils apprennent que mes faveurs visibles voudraient vous annoncer les grâces que mon coeur vous réserve.—Venez, Escalus; vous devez être près de nous de l'autre côté. Vous êtes pour moi deux bons appuis.
(Frère Pierre et Isabelle s'avancent.)
FRÈRE PIERRE, à Isabelle.—Voici le moment; parlez haut et mettez-vous à genoux devant lui.
ISABELLE.—Justice, ô royal duc! abaissez vos regards sur une malheureuse, je voudrais pouvoir dire vierge! Oh! digne prince, ne déshonorez pas vos yeux, en les détournant vers un autre objet, que vous n'ayez entendu ma juste plainte, et que vous ne m'ayez fait justice, justice! justice! justice!
LE DUC.—Racontez vos griefs. En quoi avez-vous été outragée? par qui? abrégez: voici le seigneur Angelo qui vous rendra justice; expliquez-vous à lui.