ÉMILIA.—Fi donc! fi donc, coquine!
BIANCA.—Je ne suis pas une coquine. Je mène une vie aussi honnête que vous qui m'insultez.
ÉMILIA.—Que moi? pouah! fi donc!
JAGO.—Généreux et nobles seigneurs, allons voir panser le pauvre Cassio.—Venez, madame, vous avez d'autres histoires à nous conter.—Émilia, cours à la citadelle, va dire à mon seigneur et à sa femme ce qui vient d'arriver. (Aux autres.) Voulez-vous venir, je vous prie? (A part.) Voici la nuit qui fait ma fortune ou qui me perd.
(Ils sortent.)
SCÈNE II
Une chambre à coucher.—Un flambeau allumé.
DESDÉMONA endormie dans son lit. Entre OTHELLO.
OTHELLO.—C'est la cause, c'est la cause, ô mon âme! ne permettez pas que je la dise devant vous, chastes étoiles! c'est la cause! cependant je ne veux pas verser son sang, je ne veux pas percer son sein, ce sein plus blanc que la neige, plus uni que l'albâtre des tombeaux. (Il pose à terre son épée.) Pourtant il faut qu'elle meure, autrement elle trahira encore d'autres hommes. Éteignons ce flambeau et ensuite éteignons le flambeau de sa vie[23].—Si je t'éteins, toi, serviteur enflammé, je puis ressusciter ta flamme, si je venais à me repentir.—Mais que j'éteigne une fois ta flamme, toi le plus merveilleux ouvrage de la souveraine nature, je ne sais où se retrouverait le feu de Prométhée qui pourrait rallumer ta lumière.—Quand j'ai cueilli la rose, je ne puis plus la faire refleurir; il faut qu'elle se fane.—Je veux sentir encore la rose sur sa tige. (Il l'embrasse.) O haleine embaumée qui persuaderait presque à la justice de briser son glaive!—Encore un baiser; encore un! sois telle que tu es là quand tu seras morte, et je veux te tuer et je t'aimerai après.—Encore un, voici le dernier.—Jamais baiser si doux ne fut si fatal.—Il faut que je pleure; mais ce sont de cruelles larmes!—C'est le courroux du ciel, il frappe ce qu'il aime.—Elle s'éveille.
Note 23: [(retour) ]
Put out the light and then put out the light:
Ce passage a beaucoup occupé les commentateurs: son sens le plus naturel est celui que nous avons adopté; Othello applique successivement l'expression put out the light, éteindre la lumière, au flambeau allumé qu'il éteint, et au flambeau de la vie de Desdémona, rien n'est plus commun dans Shakspeare que ce double emploi du même mot appliqué, dans le même vers, à deux objets différents. Warburton avait changé le sens, en changeant la ponctuation.
Put out the light, and then.—Put out the light!
«Éteignons ce flambeau et alors...—Éteindre ce flambeau? Si je t'éteins, toi, serviteur enflammé, je puis ressusciter la flamme, etc. etc.»
Ce changement ne me paraît nullement nécessaire; un jeu de mots, ou ce qui y ressemble, est souvent le texte original le plus vraisemblable.