LE ROI.--Dites-lui que nous avons mesuré bien des milles, pour danser un menuet avec elle sur ce gazon.

BOYET.--Ils disent qu'ils ont mesuré bien des milles pour danser un menuet avec vous sur ce gazon.

ROSALINE.--Ce n'est pas cela.--Demandez-leur combien il y a de pouces dans un mille; s'il est vrai qu'ils aient mesuré bien des milles, ils nous diront aisément la mesure d'un mille.

BOYET.--Si pour venir ici vous avez mesuré des milles, et plusieurs, la princesse vous charge de lui dire combien il faut de pouces pour compléter un mille.

BIRON.--Dites-lui que nous les mesurons par des pas ennuyés.

BOYET.--Elle a entendu elle-même votre réponse.

ROSALINE.--Hé! combien de pas ennuyés, dans le nombre des milles ennuyeux que vous avez parcourus, compte-t-on dans l'espace d'un mille?

BIRON.--Nous ne comptons rien de ce que nous faisons pour vous.--Notre zèle est si grand, si inépuisable, que nous pouvons toujours prendre cette peine sans les compter. Daignez nous montrer le soleil de vos traits, afin que, comme les sauvages, nous puissions l'adorer.

ROSALINE.--Mon visage n'est qu'une lune et voilée de nuages.

LE ROI.--Heureux les nuages qui seraient comme ceux qui vous cachent. Daignez, brillante lune, et vous, belles étoiles de sa cour, écarter ces nuages et laisser tomber vos rayons sur nos yeux humides.