En chantant avec une voix mortelle les louanges d'un objet céleste.

HOLOFERNE.--Vous ne sentez pas les apostrophes, et vous ne mettez pas l'accent: laissez-moi parcourir cette chanson; il n'y a ici que le nombre et la mesure d'observés; mais pour l'élégance, la facilité et la cadence dorée de la poésie, caret. Ovide Nason, c'était là un homme! Et pourquoi s'appelle-t-il Nason? si ce n'est parce qu'il savait sentir les fleurs odorantes de l'imagination, les élans de l'invention. Imitari n'est rien; le chien imite son maître, le singe son gardien, et le cheval enrubanné[47] son cavalier. Mais damosella vierge, est-ce à vous que cette épître est adressée?

JACQUINETTE.--Oui, monsieur; de la part d'un M. Biron, un des seigneurs de la princesse étrangère[48].

Note 47: Nouvelle allusion au cheval de Banks.

Note 48: Ceci est une inadvertance de Shakspeare. Jacquinette ne connaît pas Biron, et vient de dire que la lettre lui a été remise par Costard, de la part d'Armado.

HOLOFERNE.--Je veux lancer un coup d'oeil sur l'adresse: «A la belle main blanche de la très-belle dame Rosaline.» Je veux jeter encore les yeux sur le contenu de la lettre, pour voir la dénomination de la partie qui écrit à la personne suscrite.--«Le serviteur dévoué aux ordres de votre seigneurie, Biron.»--Monsieur Nathaniel, ce Biron est un des seigneurs qui ont fait voeu de retraite avec le roi. Et il a bâti ici une lettre adressée à une dame de la suite de la reine étrangère, laquelle lettre, par accident et dans le progrès de sa route, s'est égarée.--Allons, trottez, courez, ma chère; remettez cet écrit dans les royales mains du roi; cela peut être très-important: ne vous arrêtez pas à faire votre compliment; je vous dispense de votre devoir.--Adieu.

JACQUINETTE.--Bon Costard, viens avec moi.--Dieu conserve vos jours!

COSTARD.--Je te suis, ma fille.

(Costard et Jacquinette sortent.)

NATHANIEL.--Monsieur, vous avez agi là dans la crainte de Dieu, fort religieusement, et, comme dit un certain père...