CÉRIMON.--Pourquoi, seigneurs, vous êtes-vous levés si matin?
PREMIER ÉPHÉSIEN.--Nos maisons, situées près de la mer, ont été ébranlées comme par un tremblement de terre: les plus fortes poutres semblaient près d'être brisées, et le toit de s'écrouler. C'est la surprise et la peur qui m'ont fait déserter le logis.
SECOND ÉPHÉSIEN.--Voilà ce qui cause de si bon matin notre visite importune; ce n'est point un motif d'économie domestique.
CÉRIMON.--Oh! vous parlez bien.
PREMIER ÉPHÉSIEN.--Je m'étonne que Votre Seigneurie, ayant autour d'elle un si riche attirail, s'arrache de si bonne heure aux douces faveurs du repos. Il est étrange que la nature se livre à une peine à laquelle elle n'est pas forcée.
CÉRIMON.--J'ai toujours pensé que la vertu et le savoir étaient des dons plus précieux que la noblesse et la richesse. Des héritiers insouciants peuvent flétrir et dissiper ces deux derniers; mais les autres sont suivis par l'immortalité qui fait un dieu de l'homme. Vous savez que j'ai toujours étudié la médecine, dont l'art secret, fruit de la lecture et de la pratique, m'a fait connaître les sucs salutaires que contiennent les végétaux, les métaux et les minéraux. Je puis expliquer les maux que la nature cause, et je sais les moyens de les guérir: ce qui me rend plus heureux que la poursuite des honneurs incertains, ou le souci d'enfermer mes trésors dans des sacs de soie pour le plaisir du fou et de la mort.
SECOND ÉPHÉSIEN.--Votre Seigneurie a répandu ses bienfaits dans Éphèse, où mille citoyens s'appellent vos créatures, rendues par vous à la santé;--non-seulement votre science, vos travaux, mais encore votre bourse toujours ouverte, ont procuré au seigneur Cérimon une renommée que jamais le temps....
(Entrent deux valets avec une caisse.)
LE VALET.--Déposez ici.
CÉRIMON.--Qu'est-ce que cela?