DIONYSA.--O votre pauvre princesse! pourquoi les destins n'ont-ils pas permis que vous l'ameniez ici pour charmer ma vue?
PÉRICLÈS.--Nous ne pouvons qu'obéir aux puissances du ciel. Quand je gémirais et que je rugirais comme la mer qui la recèle dans son sein, Thaïsa n'en serait pas moins privée de la vie. Ma petite Marina! (je lui ai donné ce nom parce qu'elle est née sur les flots): je la recommande à vos soins et je vous la laisse comme la fille de votre bienveillante amitié, pour qu'elle reçoive une éducation royale et digne de sa naissance.
CLÉON.--Ne craignez rien, seigneur, nous nous souviendrons pour votre fille du prince généreux qui nous a nourris de son blé, et les prières du peuple reconnaissant imploreront le ciel pour son libérateur. Si je me rendais coupable d'une ingrate négligence, tous mes sujets me forceraient à remplir mon devoir; mais, si mon zèle a besoin d'être excité, que les dieux vous vengent sur moi et les miens jusqu'à la dernière génération.
PÉRICLÈS.--Je vous crois, votre honneur et votre vertu sont pour moi un gage plus sûr que vos serments. Jusqu'à ce que ma fille soit mariée, madame, j'en jure par Diane, que nous honorons tous, ma chevelure sera respectée des ciseaux. Je prends congé de vous; rendez-moi heureux par les soins accordés à ma fille.
DIONYSA.--J'ai aussi une fille; elle ne me sera pas plus chère que la vôtre.
PÉRICLÈS.--Madame, je vous remercie et je prierai pour vous.
CLÉON.--Nous vous escorterons jusque sur le rivage, où nous vous abandonnerons au mystérieux Neptune et aux vents les plus favorables.
PÉRICLÈS.--J'accepte votre offre. Venez, chère reine.--Point de larmes, Lychorida, point de larmes: pensez à votre jeune maîtresse dont vous allez désormais dépendre.--Allons, seigneur.
(Ils sortent.)