MARINA.--Non, non: je déroberai les fleurs de la terre pour les semer sur le gazon qui te recouvre; les genêts, les bluets, les violettes purpurines et les soucis seront suspendus en guirlandes, tant que durera l'été. Hélas! pauvre fille que je suis, née dans une tempête où mourut ma mère, le monde est pour moi comme une tempête continuelle, m'éloignant de mes amis.
DIONYSA.--Quoi donc, Marina! pourquoi êtes-vous seule? Comment se fait-il que ma fille ne soit pas avec vous? Ne vous consumez pas dans la tristesse, vous avez en moi une autre nourrice. Seigneur! combien votre visage est changé par ce malheur. Venez, venez, donnez-moi votre guirlande de fleurs avant que la mer la flétrisse; promenez-vous avec Léonin; l'air est vif ici et aiguise l'appétit. Venez, Léonin, prenez Marina par le bras et promenez-vous avec elle.
MARINA.--Non, je vous en prie, je ne veux point vous priver de votre serviteur.
DIONYSA.--Venez, venez, j'aime le roi votre père et vous, comme si je n'étais pas une étrangère pour vous. Nous l'attendons tous les jours ici. Quand il viendra, il trouvera flétrie celle que la renommée vante comme un chef-d'oeuvre; il regrettera un si long voyage, et il nous blâmera, mon époux et moi, d'avoir négligé sa fille. Allez, je vous prie, vous promener et soyez moins triste. Conservez ce teint charmant qui a désolé tant de coeurs de tous les âges. Ne vous inquiétez pas de moi, je retourne seule au palais.
MARINA.--Eh bien! j'irai, mais je ne m'en soucie guère.
DIONYSA.--Venez, venez, je sais que cela vous sera salutaire: promenez-vous une demi-heure au moins.--Léonin, souviens-toi de ce que j'ai dit.
LÉONIN.--Je vous le promets, madame.
DIONYSA.--Je vous laisse pour un moment, ma chère Marina: promenez-vous doucement, ne vous échauffez pas le sang. Je dois avoir soin de vous.
MARINA.--Je vous remercie; ma chère dame.--(Dionysa sort.) Est-ce le vent d'ouest qui souffle?
LÉONIN.--C'est le sud-ouest.