BOULT.--Allons, voyons, je vous écoute.

MARINA.--Que désirerais-tu que fût ton ennemi?

BOULT.--Je désirerais qu'il fût mon maître, ou plutôt ma maîtresse.

MARINA.--Ni l'un ni l'autre ne sont aussi méchants que toi, car leur supériorité les rend meilleurs que tu n'es. Tu remplis une place si honteuse, que le démon le plus tourmenté de l'enfer ne la changerait pas pour la sienne. Tu es le portier maudit de chaque ivrogne qui vient ici chercher une créature. Ton visage est soumis au poing de chaque coquin de mauvaise humeur. La nourriture qu'on te sert est le reste de bouches infectées.

BOULT.--Que voudriez-vous que je fisse?--Que j'aille à la guerre où un homme servira sept ans, perdra une jambe et n'aura pas assez d'argent pour en acheter une de bois!

MARINA.--Fais tout autre chose que ce que tu fais. Va vider les égouts, servir de second au bourreau; tous les métiers valent mieux que le tien. Un singe, s'il pouvait parler, refuserait de le faire. Ah! si les dieux daignaient me délivrer de cette maison!--Tiens, voilà de l'or, si ta maîtresse veut en gagner par moi, publie que je sais chanter et danser, broder, coudre, sans parler d'autres talents dont je ne veux pas tirer vanité. Je donnerai des leçons de toutes ces choses; je ne doute pas que cette ville populeuse ne me fournisse des écolières.

BOULT.--Mais pouvez-vous enseigner tout ce que vous dites?

MARINA.--Si je ne le puis, ramène-moi ici et prostitue-moi au dernier valet qui fréquente cette maison.

BOULT.--Fort bien, je verrai ce que je puis pour toi; si je puis te placer, je le ferai.

MARINA.--Mais sera-ce chez d'honnêtes femmes?