MARINA.--Je l'ai dit, et n'ai rien dit que ma pensée ne m'assure être véridique.
PÉRICLÈS.--Dis ton histoire. Si tu as souffert la nullième partie de mes maux, tu es un homme, et moi j'ai faibli comme une jeune fille: cependant tu ressembles à la Patience contemplant les tombeaux des rois et désarmant le malheur par son sourire. Qui furent tes amis? comment les as-tu perdus? Ton nom, aimable vierge? Fais ton récit; viens t'asseoir à mon côté.
MARINA.--Mon nom est Marina.
PÉRICLÈS.--Oh! je suis raillé, et tu es envoyée par quelque dieu en courroux pour me rendre le jouet des hommes.
MARINA.--Patience, seigneur, ou je me tais.
PÉRICLÈS.--Oui, je serai patient; tu ignores jusqu'à quel point tu m'émeus en t'appelant Marina.
MARINA.--Le nom de Marina me fut donné par un homme puissant, par mon père, par un roi.
PÉRICLÈS.--Quoi! la fille d'un roi?--et ton nom est Marina?
MARINA.--Vous aviez promis de me croire; mais, pour ne plus troubler la paix de votre coeur, je vais m'arrêter ici.
PÉRICLÈS.--Êtes-vous de chair et de sang? votre coeur bat-il? n'êtes-vous pas une fée, une vaine image? Parlez. Où naquîtes-vous? et pourquoi vous appela-t-on Marina?